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"Alors que notre langue est sans doute la seule qui joigne avec allégresse une morphologie extraordinairement complexe à une syntaxe d’une précision sans équivalent, fine et souple, nos écrivains ne montrent que mépris pour la technique littéraire. Ils semblent ne consentir plus à être de bons artisans — estimant sans doute qu’avoir des choses importantes à dire ne s’accommode pas du savoir-faire. Un ébéniste qui assemblerait ses pièces de bois comme l’académicien moyen ses phrases serait la risée de ses pairs… et de sa clientèle. L’écrivain le plus doué, s’il accumule les hiatus et les génitifs en cascade, se montre dans sa complète nudité ; c’en est fini du Secret: on le sait doué mais indifférent à sa propre identité."
Colère d’Oriane (crayon de papier bleu lavande): que de lieux communs en quelques lignes, quelle incompréhension des mécanismes profonds de la communication linguistique! Une langue n’est pas, ne peut pas être, ne doit pas être aussi formelle qu’un rituel religieux et s’il y a un intérêt de la littérature c’est, justement, de la faire constamment bouger, d’explorer et d’exploser ses limites. Sinon ce n’est qu’exercice scolaire ou académique (je ne suis donc pas surprise que sa référence soit l’Académie, institution la plus sclérosée du milieu sclérosé des Lettres). Sinon comment comprendre la poésie qui est le laboratoire d’essai de la langue ?
Note du copiste: Il est très rare qu’Oriane oublie aussi directement son projet de roman qui, d’une certaine façon, s’apparente au genre du centon. Cet extrait ne me semble pas en effet directement s’insérer dans ce cadre.
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